ÉPISODE n°6 :

ensemble
pour la liberté

Temps de lecture : 5 minutes

An 712

711 : Victoire de Guadelete.

➠712 : Tolède est prise.

➠719 : Narbonne est prise.

Comment en quelques années les armées arabo-berbères ont réussi àpacifier quasiment toute la Péninsuleibérique?

Avaient-ils des alliés ?

UNE EMPIRE QUI S’AGRANDIT

Après la défaite de Guadelete, Tariq Ibn Zyad et ses « 10000 » Berbères sont rejoint par le gouverneur omeyade de l’Ifriqiya, Moussa Ibn Noucaïr, à la tête de milliers de cavaliers arabes dont un Compagnon du Prophète ﷺ. Ensemble ils vont prendre une à une les grandes villes de l’Hispanie : Séville et Cordoue, les deux grandes Métropoles du Sud, sont ainsi conquises en 712. La même année, c’est la ville de Tolède, la capitale des wisigoths, située sur un promontoire rocheux et réputée imprenable, qui tombe.

Le fils de Moussa Ibn Noucaïr, Aziz, est envoyé à l’est et à l’ouest de la Péninsule pour pacifier les territoires encore sous domination wisigothique. Evora, à l’ouest et Orihuela à l’est sont conquises dès l’année 713.

Puis les armées arabo-berbères se dirigent vers le nord. En 714, la ville de Léon est conquise ainsi que la riche vallée de l’Èbre avec la ville de Zaragoza. En 719, dépassant les Pyrénées, la province de Septimanie, l’Occitanie actuelle, ayant pour capitale Narbonne, devient une des nombreuses « wilaya » de l’immense empire omeyyade qui s’étale alors de la péninsule indienne au sud de la Gaulle.

UNE RÉSISTANCE CHRÉTIENNE ?

Il n’a fallu que quelques années, de 711 à 719, pour que Tariq Ibn Zyad et Moussa Ibn Noucaïr dominent l’ensemble de l’ancien royaume wisigothique. Toutefois, le Nord avec son relief abrupt, notamment la cordillère Cantabrique et les Pics d’Europe, opposent une résistance malgré de nombreuses expéditions.

Ainsi en 722, dans cette région montagneuse, et plus particulièrement à Covadonga, une petite troupe dirigée par Pelage, un aristocrate wisigoth, se refugie dans les montagnes et finit par défaire l’armée omeyade envoyée contre elle. Cette première victoire, après des années de défaites, est aujourd’hui célébrée par certains comme le début de la Reconquista chrétienne. Toutefois elle apparait plutôt comme la rébellion de « Montagnards » opposés fièrement à toute domination d’un pouvoir central qu’il soit romain, wisigoth, chrétien ou musulman.

Dans les chroniques arabes, de nombreux auteurs n’évoquent même pas Covadonga. Ibn Khaldun, peut-être le plus grand historien en langue arabe, explique la défaite de Covadonga très simplement. Pour ce grand penseur, ces montagnes du Nord n’étaient que des zones « pauvres » comparées notamment aux riches vallées de l’Èbre ou du Guadalquivir. Elles n’étaient peuplées que de tribus de « Montagnards » rustres, fiers et difficilement contrôlables. L’empire omeyade n’avait donc aucun intérêt, notamment en termes de prélèvement fiscal, à mobiliser ses forces contre un Territoire rebelle sans valeur et ne représentant aucun danger.

DES SUJETS D’EMPIRE

Ibn Khaldun donne à travers son analyse une clé pour comprendre la rapide expansion omeyade. Hispanie, Ibérie, Bétique ou encore « Al Andalus » désigne cette même région conquise par plusieurs empires : Cartage, Rome, Byzance et maintenant Damas. Toutes puissances ont dominé les riches plaines et vallées de la Péninsule Ibérique. Pour notre historien, ces Terres d’Empire sont devenues « civilisées », ses habitants, des administrés, simples spectateurs passifs de l’Histoire, de simples sujets d’Empire. A la différence des « Montagnards » du Nord, les Ibères ont été désarmé et « pacifié » depuis des siècles.

Les conquêtes romaines, vandales puis wisigothiques et maintenant arabo-berbères ont été toutes rapides et n’ont dû affronter qu’une faible résistance. Le même schéma s’est répété : une fois le pouvoir central vaincu par une nouvelle puissance, les populations locales se soumettent aux nouveaux dirigeants et leurs paient l’impôt qu’ils versaient auparavant à l’ancienne aristocratie souvent étrangère.

Si les empires rendent passifs les Peuples, ils permettent aussi la coexistence entre eux. Ainsi si on ne peut pas parler de tolérance, les différents empires ont laisser une certaine liberté religieuse à leurs sujets. Contrairement à ce qu’on peut s’imaginer, les différents empires, qu’ils soient babyloniens, mongoles ou arabes, ont permit à différents Peuples de coexister ensemble malgré leurs différences religieuses. Ainsi en Hispanie romaine, à côté d’une majorité de païens ibères et/ou romains, des communautés juives ont prospéré.

 

LES JUIVES EN HISPANIE

L’Empire Romain a permis le maintien du culte des divinités locales ou encore la diffusion du christianisme dans toute la Méditerranée et plus particulièrement. Ce que l’on sait moins, c’est que le judaïsme a bénéficié en premier de la liberté de culte des romains pour se diffuser. Ainsi durant toute l’Antiquité, de nombreux sujets de l’Empire romain que ce soit au Maghreb, à Rome ou en Hispanie, sont devenus juives. On sait de source sure, que de nombreuses femmes issues des grandes familles patriciennes romaines affichaient ouvertement leur Foi au monothéisme de Moïse et d’Abraham.

Dans la Péninsule ibérique, le judaïsme se diffuse aussi fortement et notamment après l’Exode de nombreux Juifs de Palestine, départ forcé et imposé par Rome après la Grande Révolte Juive. Les communautés déjà existantes sont dynamisées par l’arrivée des exilés de la Diaspora. On estime que les Juifs pouvaient représenter près du quart de la population de la Péninsule ibérique au moment de la chute de l’Empire Romain d’Occident (Vème siècle). Ils étaient paysans, artisans, commerçants, … et pleinement intégrés dans la société.

Les invasions barbares ne modifient pas la place de cette minorité dans la Péninsule Ibérique. Mais cela change lorsque les rois wisigoths décident, pour des raisons politiques, d’abjurer l’Arianisme chrétien et de se soumettre à l’Église et au clergé « catholique romain ». La minorité juive devient la cible des prélats. Lors de conciles, on édicte décrets qui imposent la conversion forcée des enfants juifs puis de toute la Communauté. Certains fuient, d’autres renient leur Foi … Les biens des Juifs sont confisquées de force, on les humilie, les persécute avec toujours plus d’acharnements, …

ENSEMBLE POUR LA LIBERTE

De l’autre côté du détroit de Gibraltar, la situation est totalement différente. Les communautés juives continuent à prospérer après l’arrivée des troupes omeyades. Les Nouveaux Maitres Musulmans de l’Afrique du Nord n’imposent pas l’Islam à leurs sujets. Si de nombreux berbères deviennent eux aussi Musulmans, une grande partie de la population garde ses croyances notamment les Gens du Livre, les Juifs et les Chrétiens.

Et la Méditerranée en ces temps-là n’est pas une frontière, un lieu d’affrontements ou encore moins un cimetière. C’est un espace de rencontres, de passages, … Les informations passent rapidement d’une rive à l’autre. Ainsi les Juifs de la Péninsule ibérique échangent avec leurs coreligionnaires d’Afrique. L’arrivée de cette nouvelle puissance devient un espoir face à l’intolérance des wisigoths. Ils voient dans les armées arabo-berbères une solution à leurs persécutions. Il est presque certain que des délégations juives sont allées à la rencontre du gouverneur de Tanger, Tariq Ibn Zyad. Ce dernier ne s’est pas lancé à la conquête du royaume wisigoth sans avoir le soutien d’alliés.

Et c’est ce qui va se passe. Les « 10000 » Berbères même aidés par les milliers de cavaliers arabes de Moussa Ibn Noucaïr n’ont pas l’effectif suffisant pour dominer toute la péninsule ibérique. À cela s’ajoute la rapidité de la pacification. 25000 hommes, tout au plus, n’auraient pu accomplir une telle tâche en si peu de temps. Ils ont reçu de l’aide. Ainsi les Juifs ont pris les armes avec les Musulmans. Dans de nombreuses villes conquises, les armées arabo-berbères installaient une garnison …juive. Les troupes omeyades pouvaient poursuivre leurs conquêtes malgré leurs effectifs réduits. Les juifs se battaient pour leur Liberté, pour ne plus subir de Persécutions. C’est donc Ensemble que des Juifs et des Musulmans ont combattu. Les premiers ont gagné leur Liberté, les seconds : Al Andalus aussi appelée « Sépharade » en langue hébraïque médiévale.

 

écrit par Mouad AZZA

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